Patrimoine immatériel

Bleu indigo

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Avant l’arrivée des euro­péens, Pon­di­ché­ry était déjà un port avec une impor­tan­te pro­duc­tion de tex­ti­les et de tein­tu­res. Il exis­te trois types d’indigo en Inde, celui du Ben­ga­le, celui d’Agra et celui de la côte Coro­man­del. À par­tir du XVIIe siè­cle, l’indigo des Indes sup­plan­ta la pro­duc­tion de pas­tels d’Europe. L’indigo fabri­qué sur le ter­ri­toi­re de Pon­di­ché­ry est employé pour tein­dre en bleu les fameu­ses toi­les de Gui­née. Ces toi­les de cotons sont en gran­de par­tie tein­tes par l’indigo d’un bleu pro­fond et ser­vent de moyen de troc en Afri­que occi­den­ta­le. Elles sont expor­tées aux qua­tre coins du mon­de, por­tées par les indi­gè­nes de Siam, de Suma­tra, Java, Bor­néo, des Phi­lip­pi­nes, en pas­sant par les Mas­ca­rei­gnes et les côtes orien­ta­les et occi­den­ta­les d’Afrique jusqu’au conti­nent amé­ri­cain.

Au-delà de sa fonc­tion pre­miè­re, l’indigo est char­gée de signi­fi­ca­tions. Que l’on déam­bu­le fiè­re­ment dra­pé d’un coton d’un bleu pro­fond dans les gale­ries fraî­ches d’une cour roya­le euro­péen­ne ou que l’on cou­pe péni­ble­ment l’indigo séché en quar­tiers sous un soleil ardent, la réa­li­té du mon­de est dif­fé­ren­te. Com­me cel­le de l’indigo.

Depuis la nuit des temps, cet­te cou­leur a une pla­ce impor­tan­te dans de nom­breu­ses civi­li­sa­tions.

En 2 500 av. J.C, on aurait retrou­vé, lors de fouilles à Thè­bes, un vête­ment indi­go. De la cultu­re Maya où les sacri­fi­ces humains sont sou­vent peints en bleu à l’art chré­tien avec la Vier­ge Marie régu­liè­re­ment dra­pée de bleu, la cou­leur bleue tra­ver­se les âges avec ses dif­fé­rents sens, ses codes et ses valeurs déter­mi­nés par cha­que socié­té. En Occi­dent, l’appréciation de cet­te cou­leur a évo­lué à tra­vers le temps. Durant l’Antiquité, elle était la cou­leur des bar­ba­res, des cel­tes et des ger­mains qui se pei­gnaient en bleu pour effrayer leur adver­sai­res, les Romains. Ces der­niers gar­dè­rent donc un goût amer pour la cou­leur bleu qu’ils jugeaient hos­ti­le. Cela expli­que l’origine éty­mo­lo­gi­que du bleu. Il n’est pas héri­té du latin mais de l’arabe azu­reus et des lan­gues ger­ma­ni­ques blau. À par­tir du XIIe, un nou­vel ordre de cou­leur s’installe: elle devient la cou­leur emblé­ma­ti­que du Roi de Fran­ce et du Roi Arthur ain­si que la cou­leur ico­no­gra­phi­que de la Vier­ge. Le bleu devient à la mode. Il atteint son apo­gée au XVIIIe et XXe et devient la cou­leur pré­fé­rée des euro­péens. La pro­mo­tion théo­lo­gi­que, la valo­ri­sa­tion artis­ti­que au XIIe, les proues­ses des tein­tu­riers au XIIIe ont par­ti­ci­pé à cet­te ascen­sion lon­gue­ment pré­pa­rée. Cou­leur du pro­grès, des lumiè­res, des rêves et des liber­tés, elle res­te­ra une cou­leur emblé­ma­ti­que en Euro­pe.

En Inde, cer­tai­nes des divi­ni­tés hin­doues com­me Kri­sh­na, Rama, mais éga­le­ment Kali et Shi­va sont repré­sen­tés avec une peau bleue, une façon d’illustrer leur peau fon­cée. Le bleu est aus­si la cou­leur des Shû­dras (cas­tes d’agriculteurs, arti­sans, tis­se­rands) et cel­le des sari des fem­mes de pêcheurs. Néan­moins, le bleu est aus­si por­teur d’une conno­ta­tion impu­re. Il exis­te des cas­tes de tein­tu­riers qui sont sou­vent spé­cia­li­sés dans l’application d’une cou­leur par­ti­cu­liè­re. Par exem­ple, la cas­te musul­ma­ne des Lila­ri, au Pen­jab (du mot lil ou nil qui dési­gne l’indigo) ne tei­gnent qu’en indi­go. Les Hin­dus ne tei­gnent pas en en bleu car ils consi­dè­rent que c’est une abo­mi­na­tion. En effet, la  pré­pa­ra­tion de l’indigo est très par­ti­cu­liè­re. L’obtention de la pâte d’indigo exha­le une odeur de matiè­re féca­le, jugée mal­sai­ne. Ce pro­ces­sus « impur » expli­que cet­te réti­cen­ce pour l’indigo par les cas­tes les plus éle­vées.

D’un conti­nent à un autre, la per­cep­tion d’une cou­leur chan­ge. Au Japon, on don­ne de l’importance à la brillan­ce et la mati­té de la cou­leur obser­vée. Dans les socié­tés d’Afrique noi­re, devant une cou­leur don­née, il est impor­tant de savoir si la cou­leur est une cou­leur ten­dre ou dure, lis­se ou rugueu­se, sour­de ou sono­re, gaie ou tris­te. Par­fois même, on ne voit ni ne nom­me une cou­leur tant elle nous sem­ble évi­den­te. Com­me en Ama­zo­nie, où le vert n’est pas nom­mé ni per­çu.

L’indigo, une cou­leur ado­rée ou redou­tée, ne lais­se pas indif­fé­rent. Ce bleu pro­fond, sym­bo­le euro­péen du roman­tis­me et d’une mélan­co­lie oni­ri­que, rap­pel­le cet­te Inde fran­çai­se si long­temps rêvée com­me glo­rieu­se, exo­ti­que et déli­ca­te.

 

 

Pour aller plus loin,

Un auteur incon­tour­na­ble,

Pas­tou­reau Michel, Bleu : his­toi­re d’une cou­leur, Paris, Seuil, 2000.

Un arti­cle sur le por­tail Per­sée,

Aillaud Geor­ges-Julien, Pas­tel et indi­go ou les ori­gi­nes du bleu, Revue d’histoire de la phar­ma­cie, Volu­me 78, n° 284, 1990.

http://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_1990_num_78_284_3031?q=indigo

Un arti­cle sur les « indien­nes »,

http://www.anthropologieenligne.com/pages/Pondi_fragm_h_indiennes.html

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